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1922

IV

Tristan DERÈME

Que mes poèmes soient étranges Et qu'on les raille et leur auteur, Cela m'est peu, car les louanges Ne sont pas chères à mon cœur,

Hors celles de quelques poètes Au cœur fervent, au regard pur, Et qui nagent, blanches mouettes, Dans les ténèbres et l'azur.

Ma vie en silence s'écoule, C'est pour peu d'hommes que j'écris, Car si je chantais pour la foule. Je pousserais bien d'autres cris.

De deux poings défiant les astres, Je clamerais à grand fracas Et ferais crouler les pilastres Et les balustres sur mes pas.

Ou plaignant ma longue misère, En des tumultes mesurés, D'une voix qu'on dirait sincère, Apollon, je t'invoquerais.

Je pourrais dater une stance, Doux exotisme, de Turin, De Heidelberg ou de Constance, Sans avoir jamais pris le train.

Et je plairais aux demoiselles, Ayant mis à mon violon, Non des cordes, mais des ficelles, Pour des romances de salon.

Et peut-être dans mon vieil âge Pourrais-je voir sur mon perron Un laurier bercer son feuillage. Mais à quoi bon ? Mais à quoi bon ?

La gloire éclôt, jaunit, se fripe Et s'effeuille de l'aube au soir, Et j'aime mieux fumer ma pipe Que renifler son encensoir.

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