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1922

II

Tristan DERÈME

Quelle bataille se livre Sous les constellations ? Fatigué de mon cœur ivre Et du cri des passions,

Lassé de lutter, de mordre Et de vaincre, j'aspirais, Dans l'apaisement de l'ordre, À des songes mesurés.

Sage et pur, oubliant celle, Dont la chevelure ainsi Qu'une eau vivante ruisselle Sur ma joie et mon souci,

Onde magnifique et noire Où le poète noierait Sa passion de la gloire, Son espoir et son regret,

Je voulais sous le feuillage De ce fabuleux été Écraser sur chaque page L'ombre chaude et la clarté,

Le trèfle rouge qui brûle, L'air qui dort, le bruit des eaux Aux rameaux du crépuscule Le tumulte des oiseaux,

Dans les ténèbres fleuries La lune, fruit d'un beau soir L'herbe humide des prairies Et l'azur sonore. — Espoir,

S'attaquant à la nature Le poète la pétrit Pour en faire l'œuvre où dure Le triomphe de l'esprit.

Mais quoi ! langoureuse celle, Dont la chevelure ainsi Qu'une eau vivante ruisselle Sur ma joie et mon souci,

Découvre sa gorge blanche Et féconde en voluptés, Sourit et vers moi se penche Dans l'ombre où je méditais.

Qu'est-ce ? Le monde chavire Comme un jeu de vains décors ; Elle est belle et je respire L'odeur lourde de son corps.

Vignes blanches de rosée, Peupliers jaunes et verts, Sa main sur mes yeux posée Me dérobe l'univers.

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