Bien que les fleurs, Amour, dont hier tu te plus À couronner mon front, tu ne les cueilles plus ; Bien qu'il neige, bien que les roses soient tombées Où mes rêves dormaient comme des scarabées,
Et que pour moi se voile un visage immortel, Ne pense pas que dans cette chambre d'hôtel Que baigne ma tristesse avec le crépuscule, Je te consacre une harangue ridicule
Et vaine, qu'insultant les dieux et le destin Et déclamant jusqu'aux lumières du matin Je secoue à ton front la menace et l'ortie Tant que, les bras pendants, la tête appesantie
Et comme un vert bandeau la couronne sur l'œil, Tu t'endormes dans mes discours et ce fauteuil Jaune et fané ; ni que, poète et locataire, Les gouffres et les monts, la mer verte et la terre
Habitée et les bois et les fruits et le foin Et la neige et l'azur, je les prenne à témoin De ma misère et du supplice que j'endure, Qui passeront comme l'amour et la verdure,
D'ailleurs, ou la colère et les glaïeuls et les Plaintes des rossignols et le jaune des blés Et la vigne que le tison d'automne embrase Et l'odeur des lilas ; et j'achève ma phrase,
Amour, car il serait plaisant que l'univers S'animât pour orner ma tristesse et mes vers. Déjà j'en ai trop dit et déjà tu t'amuses À voir que ma douleur s'efface chez les Muses
Qui passent en riant leur mouchoir sur mes yeux. Tu ris de voir les mots des pleurs victorieux Et que mon désespoir aux rythmes s'atténue. C'est vrai. Mais la voici rêveuse et demi-nue ;
Ses cheveux sont pareils à son bracelet d'or ; Lasse des voluptés, elle songe et s'endort ; Une rose est moins rose et quand elle s'éveille Je sens mon cœur léger comme une aile d'abeille
Et je vois frissonner sur des lauriers fleuris Dans l'aube et dans l'azur de rouges colibris, Et je… Tais-toi. Je suis triste comme une larme. Ne souris pas de mes alarmes et désarme
Ton arc robuste encor depuis quatre mille ans Qu'il darde aux madrigaux des traits étincelants, Et tandis que la nuit dans mon cœur va descendre Laisse-moi remuer ma douleur et la cendre.
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