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1922

CXLVII

Tristan DERÈME

Quelque rose que tu cueilles, Une nuit la fanera ; Le vent fait voler les feuilles, Les amours, et cétéra…

Et pourtant j'aime les roses, Le feuillage et les amours Et bien d'autres belles choses Qui ne durent pas toujours.

Durer, durer… Rien ne dure. Accourez, comparaisons ! Rappelons que la verdure Pas ne dure trois saisons.

Tout passe et cela n'est pas ce Que les gens n'ont dit assez ; Ils ont écrit que tout passe Et leurs livres sont passés,

Sauf certains ; et les miens, Muses, Dureront-ils plus longtemps Qu'une voix de cornemuse Qui se perd sur les étangs ?

Mais qu'importe ? Toutes choses, Ne durent-elles qu'un jour, Les poèmes et les roses Et les feuilles et l'amour,

Toutes choses ne sont-elles Les rameaux jaunes ou verts Des guirlandes éternelles Que déroule l'univers ?

Toutes choses sont liées, La mollesse et le tambour, Les poèmes, les feuillées Et les grâces de l'amour,

Et chacune tient sa place Dans cet hymne qui depuis L'aube éternelle entrelace Les chants des jours et des nuits.

Quelque rose que tu cueilles, Une nuit la fanera Mais la rose avec ses feuilles, C'est la vie. et cétéra…

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