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1922

CXIII

Tristan DERÈME

Les fraises dans le plat de blanche porcelaine Gardent la fraîche odeur de l'aube sur la plaine, Des branches, de la mousse et des sources glacées Sur la nappe, j'ai mis ton bouquet de pensées

Et tandis que, les yeux pensifs, tu te recueilles, Ce soir grave, je vois glisser entre les feuilles La lune comme dans les vieilles élégies. Un souffle tiède et pur caresse les bougies

Et berce la glycine et les roses blafardes Et la tonnelle. Prends des fraises. Tu regardes Au champagne doré le sucre se dissoudre ; Le temps sur nos cheveux verse du sucre en poudre

Et j'aurai quelque jour de larges mèches blanches. Mais qu'importe ! ce soir vers moi si tu te penches, Sans crainte de l'automne et des feuilles rougies, Et si pour mes baisers tu souilles les bougies.

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