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1922

CXII

Tristan DERÈME

Rouges coquelicots que le soir amoncelle, Nuages, vais-je encor donner ma voix à celle Qui sur mon désespoir pose ses escarpins Et dédaigne mes vers et les ciels que je peins ?

Des cygnes au lavoir glissent comme des strophes ; Le paysage dort sous de jaunes étoiles Et le ruisseau d'eau froide où je trempe la main Reflète les ormeaux qui bordent le chemin,

Les osiers gris et verts et les feuillages roses. Je veux la voir pleurer devant ces simples choses. Palpiter, et goûter la secrète beauté De ce pré qui bleuit, de ce saule argenté

Qui tremble, de ce soir sur la molle vallée Où monte au ciel désert une lune exilée.

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