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1922

CXI

Tristan DERÈME

Ce soir de septembre où je suis Solitaire sous le feuillage Calme, j'évoque ton visage En fumant ma pipe de buis.

Car il n'est plus rien qui émeuve Mon cœur lassé de ses décors Que la mémoire de ton corps Rose dans l'eau verte du fleuve

Et tes gestes que je revois Lorsque, dansant sous la feuillée, Tu jonglais, rieuse et mouillée, Avec une rose et deux noix.

La lune monte, et sur ce bord je Pense à tes bras que j'ai baisés, Et qu'aux soirs bleus tu écrasais Des mûres noires sur ta gorge.

Ainsi je regarde fleurir De vieilles roses étouffées Et je tire d'âcres bouffées De ma pipe et du souvenir.

Que le sort maintenant me donne La paix d'un feuillage indulgent. Quoi ! vais-je pleurer en songeant Que tu t'es flétrie à l'automne ?

La lune pend, rouge abricot, Aux branches jaunes de la berge Et j'enroule un fil de la Vierge Sur les cornes d'un escargot.

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