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1870

ORLÉANS

Albert DELPIT

On nous disait : — Pourquoi vouloir lutter encor ? Pourquoi ? Pour y gagner la victoire ou la mort ! Eh bien ! cette fois-ci notre heure est arrivée !

La vieille âme française est enfin retrouvée ! Oh ! non ; quand cinq cents ans notre front s'éleva, Nous ne pouvions pas être un peuple qui s'en va ! Comment ! on aurait vu d'un coup tomber la France !

Comment ! plus de courage au cœur, plus d'espérance, Plus de foi dans le ciel, et plus de force en nous ! Allons ! dresse ton front meurtri, France à genoux ! Ta coupe d'amertume est maintenant finie :

Toi qui jetais si loin l'éclat de ton génie, Suis toujours, à travers ton sol ensanglanté, Ce chemin qui tout droit mine à la liberté ! Songe qu'il faut lutter cinq mois encore, peut-être.

Avant de voir enfin le grand passé renaître, Et que c'est aujourd'hui pour ceux qui vont mourir Un pays tout entier qu'il faut reconquérir ! Orléans est repris ! C'est la première étape !

Marche ! Encor quelques jours, et Paris leur échappe ! Et les Maudits verront, quand l'épée aura lui, Tous les conscrits d'hier, vétérans d'aujourd'hui !

Marche ! — La route est longue et la lutte est pénible, Mais nous avons au cœur une joie indicible. Et ce premier succès qui nous enfièvre tant

Fera que tes soldats mourront tous en chantant ! Marche ! — Ils sont refoulés au delà de la Saône ; Sois fière ! Parmi nous n'a reculé personne ;

Aucun de nous n'a fui les coups à recevoir, Et chacun de tes fils a bien fait son devoir ! Les dangers ? à quoi bon ! la mort ? que nous importe ! Si nos corps sont meurtris, notre âme est toujours forte !

Et pensant aux amis tombés sur le chemin, Nous envierons leur sort, prêts à tomber demain ! Marche ! — Va d'un coup d'aile à ta sainte frontière :

Quand tu seras debout en armes, tout entière, Nous verrons qui des deux fera ce qu'il a dit, Du peuple qu'on admire, ou du roi qu'on maudit ! Enfin, marche toujours, France, marche sans cesse !

Jusqu'à ce qu'ayant fait ton œuvre vengeresse, Après avoir lutté deux cents jours pour cela, Tu puisses étancher tout le sang qui coula ! Et maintenant pensons que l’œuvre est commencée,

Pensons que vers le ciel la France était dressée Pour lui montrer ses champs sillonnés par le feu, Et qu'à son cri d'appel vient de répondre Dieu ! Ne songeons au succès qu'ont remporté les nôtres

Que pour sentir qu'il doit être suivi par d'autres ! Paris doit imiter Orléans : il le faut ! Le premier pas est fait ; eh bien ! montons plus haut ! Orléans, Tours, Paris : de la Seine à la Loire,

France ! Nous te ferons des étapes de gloire !

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