Contre un ils étaient venus mille !… Mais combien d'entr'eux sont restés Sous tes murs, ô petite ville, Qu'Homère ou Dante auraient chantés ?
Combien sont tombés sous tes balles, Frappés au cœur et sans souiller Tes forteresses virginales Que le Maudit veut violer ?
Combien reverront leur patrie Pour raconter à leurs enfants Comment deux mois, toujours meurtrie, Toujours debout tu te défends ?
Tu n'étais qu'un, ils étaient mille, De flamme et de fer hérissés ; Tu n'avais, ô petite ville, Que ton cœur, et ce fut assez !
Oh ! tant que vivra notre France, Oh ! tant qu'elle ira l’œil fixé Vers l'avenir comme espérance, Comme regret vers le passé ;
Tant qu'elle pourra voir le monde, Graviter docile à la voix Qui sort de sa gorge profonde Pour enseigner peuples et rois ;
Tant qu'elle régnera tranquille Sous sa couronne de clarté ; Si longtemps, ô petite ville, Ton nom partout sera cité !
Les peuples poursuivront la route Où le destin les a poussés, En écoutant comme on écoute L'enseignement des jours passés ;
Les générations humaines Disparaîtront dans leurs tombeaux, Ainsi qu'un amas d'ombres vaines Que la Mort mène par troupeaux,
Et toujours on lira de même, Les soirs d'hiver, à son foyer, Cette Illiade sans poëme Dont le chantre : est un peuple entier !
Contre un ils' étaient venus mille !… Mais combien d'entr'eux sont restés Sous tes murs, ô petite ville, Qu'Homère ou Dante auraient chantés !
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