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1870

LA FIN DE GUILLAUME

Albert DELPIT

J'entends dire : Il faudrait qu'il fût tué !… Non pas ! Il no doit pas mourir de la mort des soldats ! Quoi ! ce bandit royal qui porte sur la face

Le sceau dont l'a marqué la haine d'une race, Cet homme que bientôt l'histoire aura jeté A l'exécration de la postérité, Cet homme, plus maudit que Néron et Tibère,

Mourrait comme un soldat en jetant son tonnerre ! Allons donc ! Il mourra simplement dans son lit ! Mais à l'heure suprême où l'éternité luit,

En pensant aux héros que son orgueil égorge, Il sentira leur sang lui monter à la gorge ! Oh ! la page où Tacite imprimera son nom Il ne restera rien de ses coups de canon,

Rien des crimes sans fin qu'il commet à toute heure, Car le meurtre s'en va, si la honte demeure ! Il dira ce qu'il fit et ce qu'il a voulu ; Le pillage qu'il a froidement résolu ;

Le sang qui coule à flots comme un océan rouge ; L'espion qu'il a fait soudoyer dans son bouge ! Il dira le mensonge à toute heure, en tout lieu, De ce pasquin royal qui jongle avec son Dieu !

Il dira ce qu'a fait cet immonde hypocrite, Qui fait jouer Achille à l'âme de Thersite ! Dormez ! dormez en paix, ombres de nos soldats ! A côté de Brutus et de Léonidas,

A côté des héros, des saints et des génies, L'histoire a le feuillet où sont ses Gémonies ; Sa place est là marquée à côté des tyrans Et de ces grands bouchers qui jouent aux conquérants !

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