J'entends dire : Il faudrait qu'il fût tué !…
Non pas !
Il no doit pas mourir de la mort des soldats !
Quoi ! ce bandit royal qui porte sur la face
Le sceau dont l'a marqué la haine d'une race,
Cet homme que bientôt l'histoire aura jeté
A l'exécration de la postérité,
Cet homme, plus maudit que Néron et Tibère,
Mourrait comme un soldat en jetant son tonnerre !
Allons donc !
Il mourra simplement dans son lit !
Mais à l'heure suprême où l'éternité luit,
En pensant aux héros que son orgueil égorge,
Il sentira leur sang lui monter à la gorge !
Oh ! la page où Tacite imprimera son nom
Il ne restera rien de ses coups de canon,
Rien des crimes sans fin qu'il commet à toute heure,
Car le meurtre s'en va, si la honte demeure !
Il dira ce qu'il fit et ce qu'il a voulu ;
Le pillage qu'il a froidement résolu ;
Le sang qui coule à flots comme un océan rouge ;
L'espion qu'il a fait soudoyer dans son bouge !
Il dira le mensonge à toute heure, en tout lieu,
De ce pasquin royal qui jongle avec son Dieu !
Il dira ce qu'a fait cet immonde hypocrite,
Qui fait jouer Achille à l'âme de Thersite !
Dormez ! dormez en paix, ombres de nos soldats !
A côté de Brutus et de Léonidas,
A côté des héros, des saints et des génies,
L'histoire a le feuillet où sont ses Gémonies ;
Sa place est là marquée à côté des tyrans
Et de ces grands bouchers qui jouent aux conquérants !