C'est depuis le matin que dure la bataille. Rien n'a pu les forcer, ni boulets, ni mitraille, Ni régiments lancés sur eux avec fracas : Ils sont restés debout sans reculer d'un pas,
Devant cette tempête énorme et meurtrière, Tels que des chevaliers qu'on a sculptés en pierre ! Ces héros ont sabré huit heures vainement. Pour un bataillon mort revient un régiment,
Et toujours l'ennemi, dans des plis de fumée, Pour un régiment mort leur ramène une armée ! Ils sont deux mille ainsi, luttant un contre vingt ! Les Prussiens font feu pour les forcer : en vain !
Toujours, toujours, partout, sur le mont, dans la plaine, Les cuirassiers qui sont une muraille humaine ! Hélas ! un Magenta ne doit pas revenir ! La journée est perdue : on ne peut plus tenir.
Mac-Mahon dit : Enfants, nous battons en retraite ; Jusqu'au bout, pied à pied, il faut leur tenir tête ! Vous êtes épuisés, brisés ? Restez encor ! Serrez-vous, et chargez la charge de la mort !
Pour sauver le drapeau qui recule et qui pleure, Il faut, le sabre au poing, les retenir une heure : Les jeunes en avant, derrière les anciens, A deux mille, arrêtez cent mille Prussiens !
Le général Michel répond : Vive la France ! Et l'on n'entend plus rien : La lutte recommence Avec cent bataillons qui n'ont pas combattu ! Roi Guillaume ! voilà nos soldats ! Qu'en dis-tu ?
Ils en sont revenus trente-neuf… — Je m'arrête : La mort de ces soldats peut tenter un poëte : Moi, je brise ma plume aux efforts superflus,
Et je pleure, en pensant à nos héros perdus
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