Je la voyais dormir dans son petit berceau.
Le sommeil de l'enfant et celui de l'oiseau
Qui, la tête sous l'aile, est perché sur la branche,
Ont un rayonnement dont la lueur est blanche.
Je la voyais dormir tranquille à mon côté :
Sa lèvre avait encore un reflet de gaieté ;
Elle devait penser à ses jeux de la veille.
Moi, j'entendais au loin gronder à mon oreille
Le bruit sourd du canon au Mont-Valérien…
Le baby qui dormait ne se doutait de rien.
Oh ! comme elle.est heureuse ! Oh ! que je voudrais être,
Endormi, souriant comme ce petit être !
Elle dort, ignorant les temps où nous passons,
Ne sachant rien encor des pleurs que nous versons ;
Elle dort, inclinant sa tête, qu'un beau rêve
Qui commencé joyeux, en souriant s'achève,
Caressé doucement d'un vol mystérieux,…
Et je la regardais des larmes dans les yeux !
Dans vingt ans, quand la France aura repris sa place,
Quand le sang de la honte aura lavé la trace,
Lisant dans le passé l'histoire d'à-présent,
D'un peuple tout entier debout et frémissant,
Oh ! la petite fille, alors, qui sera femme,
Aura-t-elle gardé dans le fond de son âme
Une place aux héros dont nul ne sait le nom,
Morts, quand elle dormait à l'écho du canon ?