Ce village là-bas c'est Frechwiller. La nuit Est arrivée, avec le repos qui la suit, Couvrant d'ombres la plaine ou fut ce grand carnage
Qui pourrait rappeler les combats d'un autre âge, Répandant au travers de ces champs désolés Des cadavres humains partout amoncelés, C'est navrant.
Los soldats qu'a fauchés la mitraille Sont tombés l'un sur l'autre, en ordre de bataille, Sans bouger de leur poste au suprême moment : Auprès d'un régiment un autre régiment,
Près du général mort l'officier impassible ; Et tous, fusil au poing, le front encor terrible, N'ayant pas à la mort hésité de s'offrir, Tels qu'ils avaient lutté se sont laissés mourir.
Çà et là des canons encloués sur la terre, Tordant leur affût noir étonné de se taire ; Plus loin des chevaux morts, le poitrail rouge encor, Partout le sang, partout le deuil, partout la mort !
Avançons : le massacre en tous lieux se ressemble. Ici des grenadiers au panache qui tremble, Là des soldats de ligne et des turcos couchés, Rencontrés par la mort qui les avaient cherchés :
Nul n'a plié devant la trombe meurtrière ; Pas de fuyards : aucun n'a regardé derrière ! Et sur ces morts qu'a faits la volonté d'un seul, Le silence des nuits jeté comme un linceul.
Oh ! qui pourrait savoir, oh ! qui pourrait connaître Les bonheurs à venir qui dorment là peut-être ! Qui dirait ce que Dieu gardait à ces soldats Que deux tyrans maudits ont immolés là-bas,
Pour leur ambition qui réclamait ses proies ! Qui dirait ce que Dieu leur réservait de joies ! Qui dirait l'avenir qui les attendait tous ! A celui-ci, l'enfant qu'on tient sur ses genoux
Et qui paie un baiser d'une douce caresse ; A celui-là l'amour béni d'une maîtresse, A cet autre qui dort pour ne plus s'éveiller, La gloire que sa mort n'a même pu payer !
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