C'est nous qui les premiers t'avons tendu la main,
O France, au cœur de feu, reine du genre humain
Par delà l'Océan qui la garde enchaînée,
L'Amérique a béni de loin sa sœur aînée,
Choisissant pour unir son cœur avec le tien,
L'heure où t'oubliaient ceux dont tu fus le soutien.
Tu le sais, elle avait une dette sacrée
Contractée envers toi qui l'avais délivrée ;
Comme elle t'appelait de son appel puissant
Tu lui jetas un jour le plus pur de ton sang,
Car sa voix vainement ne se fit pas en-tendre :
Et l'on vit tes soldats venus pour nous défendre
Baptiser dé ce sang que tu nous a donné,
Le grand enfantement d'un peuple nouveau-né !
Maintenant que ce peuple a grandi dans l'histoire,
O France, il a gardé ton. culte et ta mémoire :
A chacun d'entre nous sa mère a raconté
Que de ton sein puissant tu l'avais allaité,
Jetant à ses enfants ta semence féconde,
Assez, pour devenir la nourrice d'un monde !
Donc j'avais contracté deux dettes envers toi
L'une que mon pays te devait comme moi
Pour avoir répondu jadis à sa prière…
Je me suis fait soldat pour payer la première.
L'autre est d'avoir dix ans parmi les tiens vécu…
Or, quand j'ai vu ton bras invincible, vaincu.
Pour payer celle-là j'ai jeté mon épée,
Et, triste, j'ai chanté ta sanglante épopée !