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1918

YVONNE ASTRUC

Lucie DELARUE-MARDRUS

Une main traînant l'archet long, L'autre en transe qui vibre et bouge, Être, esprit, âme du bois rouge, Martyre dans l'état second.

O figure de cathédrale, Courte sur des pieds écartés, Au bord des violons hantés Fais flotter une tête pâle.

Tes yeux fermés de séraphin Passionné de la musique Font physique et métaphysique Notre tourment à nous, sans fin,

Notre tourment devant l'orage Bois verni, cordes et crins clairs Qui, d'après la sublime page, Se déchire au bout de tes nerfs.

Autour de toi sont les fantômes De ceux dont tu te fais la voix De par ces cordes et ce bois Qui jettent nos fronts dans nos paumes.

Or, salut au magistral jeu D'où montent cri de joie et plainte, Salut au visage de sainte Qui souffre et pâme pour son dieu.

Puis, la sainte fougueuse et triste Ayant donné tout son tourment, Que soit notre violoniste Une femme, tout simplement.

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YVONNE ASTRUC · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove