Une main traînant l'archet long,
L'autre en transe qui vibre et bouge,
Être, esprit, âme du bois rouge,
Martyre dans l'état second.
O figure de cathédrale,
Courte sur des pieds écartés,
Au bord des violons hantés
Fais flotter une tête pâle.
Tes yeux fermés de séraphin
Passionné de la musique
Font physique et métaphysique
Notre tourment à nous, sans fin,
Notre tourment devant l'orage
Bois verni, cordes et crins clairs
Qui, d'après la sublime page,
Se déchire au bout de tes nerfs.
Autour de toi sont les fantômes
De ceux dont tu te fais la voix
De par ces cordes et ce bois
Qui jettent nos fronts dans nos paumes.
Or, salut au magistral jeu
D'où montent cri de joie et plainte,
Salut au visage de sainte
Qui souffre et pâme pour son dieu.
Puis, la sainte fougueuse et triste
Ayant donné tout son tourment,
Que soit notre violoniste
Une femme, tout simplement.