Mon premier âge a voyagé
Vers les îles imaginaires
Qui sentaient si bon l'oranger
Au bout des vagues ordinaires.
Vagues de mon vieux petit port
Roulé dans son odeur de caque
Sur l'estuaire, grande flaque
Que touche le ciel bas et saur.
Plus tard, certes, je suis allée
Voir de près mes rêves premiers
Bien loin de ma ville salée,
De mes prés et de mes pommiers,
J'ai bourlingué dans des voyages,
Bourlingué dans la vie aussi.
Maintenant je retrouve ici
Mon enfance et ses paysages.
Et, quand je regarde, le soir,
Les longs couchants de l'estuaire
Recréer tout l'imaginaire
Que je voulais toucher et voir,
Je sais que la terre rêvée
Est là dans le soir émouvant
Et que je suis, dorénavant,
Mieux que revenue : arrivée.