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1932

VOYAGES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mon premier âge a voyagé Vers les îles imaginaires Qui sentaient si bon l'oranger Au bout des vagues ordinaires.

Vagues de mon vieux petit port Roulé dans son odeur de caque Sur l'estuaire, grande flaque Que touche le ciel bas et saur.

Plus tard, certes, je suis allée Voir de près mes rêves premiers Bien loin de ma ville salée, De mes prés et de mes pommiers,

J'ai bourlingué dans des voyages, Bourlingué dans la vie aussi. Maintenant je retrouve ici Mon enfance et ses paysages.

Et, quand je regarde, le soir, Les longs couchants de l'estuaire Recréer tout l'imaginaire Que je voulais toucher et voir,

Je sais que la terre rêvée Est là dans le soir émouvant Et que je suis, dorénavant, Mieux que revenue : arrivée.

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