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1910

VOYAGES

Lucie DELARUE-MARDRUS

J'ai promené sur mer ma lente indifférence. Et regardé passer les villes sous mes yeux. Avec leurs ciels trop beaux et leurs lointains trop bleus, J'ai vu tant de pays qui ne sont pas la France !

Je cueillais au passage, à travers les hasards, Les heures graves ou falotes. Il me souvient encor de ces grouillants bazars Et de ces grands quais smyrniotes.

Athènes vint à nous, au pied du Parthénon, Toute de lumière et de lignes. Les victoires volaient tout autour de son nom Ainsi que d'invisibles cygnes.

Et ce fut par un soir d'indigo qu'en chemin Apparut le Péloponèse Étalé sur l'a mer comme une grande main, Dans L'air plein d'harmonie et d'aise.

Cap ri bleue en dedans, Naples blanche et couchée Sous son Vésuve mauve et bleu Chantaient-elles pour nous sur la barque penchée Pleine d'enfants aux yeux de feu ?

Qui dira la douceur de toutes ces merveilles Écloses sous mon regard dur, Et vous, monotonie errante, heures pareilles, O pleine mer, tasse d'azur ?

O voyage ! O beauté fugitive et dorée ! O surprise et plaisir de tout ce que l'on voit ! Pourquoi, pourquoi mon âme est-elle demeurée Si loin, clans un coin turc, sur le Bosphore étroit ?

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