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1908

VISITATION

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ton cimetière avec ses quelques croix debout M’attendait. Avec moi, quand j’ai poussé la porte, Le premier soir d’Octobre est entré d’un seul coup Assombrir ce coin d’herbe et d’humanité morte.

— Grand’mère, je m’avance ; écoute-moi marcher. Pour la première fois ta tombe solitaire M’accueille, et je voudrais doucement me pencher Comme pour écouter ton cœur battre sous terre.

Je t’apporte autre chose et mieux que du chagrin. Je t’apporte le soir, l’automne commencée, Les chemins que j’ai pris pour venir, l’air marin, Tout le pays qui pèse à ma tète baissée.

Mon jeune âge fleurit ta dernière maison. Ces larmes, dont le sel inattendu t’arrose, Me secouent sur ton tombeau neuf, comme la rose Fragile et pleine d’eau de l’arrière-saison.

Je touche avec terreur la terre qui t’étouffe. Ton corps de mère est donc ici, vieux et puissant, A n’engendrer plus rien que ces herbes en touffe. Après avoir créé la race de ton sang…

Mais je l’atteste ici : je suis de ton lignage. Ma bouche filiale, ô défunte, ô mon nom. Ne pouvant s’enfoncer jusqu’où dort ton visage, Baise la croix debout sur toi, couchée en long.

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