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1951

Visitation

Lucie DELARUE-MARDRUS

Cathédrale debout sur l'horrible présent, Légèreté de pierre aux longues avenues, Orgue à mille tuyaux du silence écrasant, Avec ton verre en feu pris dans tes pierres nues,

Allant au rouge et bleu de tes vitraux foncés, Parmi ton ombre, enfin, mes âmes sont chez elles, Telle une légion d'archanges offensés Qui retrouvent ici la place de leurs ailes.

Mes yeux comptent tes rangs de colonnes qui vont Une à une, faisceaux serrés, paquets de cierges, Rejoindre avec l'encens la nuit de ton plafond Où flottent doucement les saintes et les vierges.

Grand passé, moyen âge hermétique et fleuri, Satanique, angélique, ô très pure, ô terrible, Cathédrale, tu n'es tout entière qu'un cri Jeté par les humains perdus vers l'invisible.

Cri de ma race, cri de mon être qui court, Aveugle et les bras fous, vers le ciel ou l'abîme, Je meurs de t'adorer, moi perdue, ô sublime, O Exaltation, amour, amour, amour !…

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