Le frisson m'est resté jusqu'en chaque vertèbre
Morte !… Et, subitement, voici, comme par jeu.
Que, rajeunie et rose, on croit, fardée un peu,
Qu'elle est une marquise ancienne et funèbre
Pourtant je sais bien, moi, que mes derniers baisers
S'étonnaient, pour finir, de changements fantasques
Et de voir un à un apparaître les masques
De tant d'êtres divers, cachés, superposés
M'a-t-elle révélé son âme aux sept visages,
Moi sa fille-poète assise à son côté ?
Me faisait-elle lire enfin toutes ses pages
Avant de s'endormir pour une éternité ?
Sans doute au lit de mort, martyre ravagée,
A-t-elle reproduit des figures d'aïeux.
Qui donc étaient ces gens ?… Qui cette femme âgée
Qui ce jeune homme ? Et gui cette enfant aux grands yeux ?
Pour finir, cette face étrange d'agonie
Formidable, vraiment, toujours je la verrai,
Et l'horreur de la maigre et vivante momie,
Et ces yeux, et ces yeux, regard désespéré
Et, lorsqu'il a fallu qu'elle s'arrachât l'âme,
Quand l'effort inouï crispa ses pauvres traits,
A jamais j'entendrai les trois grands cris muet
Qui forcèrent les coins de sa bouche de femme
Pourquoi donc tout à coup ce -visage qui ment ?
L'effort est fini, certe, et l'âme est arrachée.
Mais, devant cette morte adorable couchée,
Sombrement je me dis : « Ce n'est pas vrai, maman ! »