Héroïque, elle aura sans cesse,
Peinant sur un trop dur labeur,
Laissant de côté sa jeunesse,
Usé son esprit et son cœur.
Jeune fille effrénée et triste
Qu'appelait un destin dément,
Elle a voulu, sévèrement,
Assagir ce cœur fantaisiste.
Elle a donné ce qu'elle avait,
Généreuse jusqu'au martyre.
Mais qui sait ce qu'elle rêvait,
Ce qu'elle souffrait sans le dire ?
Il y avait des pans de nuit
Dans son âme mystérieuse.
Elle se taisait, soucieuse,
Avant tout, d'assister autrui.
Elle avait les lèvres austères
Et le regard d'un matelot,
Et, dans ses prunelles trop claires,
Toutes les énigmes de l'eau.
Intense, secrète, attachante,
Si fragile, bourrue un peu,
Cheveux si noirs, regard si bleu,
Son fantôme tout neuf me hante.
Donnant tout, ne demandant rien,
Savant docteur et demoiselle,
Partout elle faisait du bien.
Tout le monde avait besoin d'elle.
Après cette vie au travail,
Cette surhumaine dépense,
Enfin voici sa récompense :
La terre, suprême bercail.
lasse, elle abandonne la lutte
Après trente-cinq ans vécus
Dont pas une seule minute
Ne passa sans instincts vaincus.
Inscrivons son nom sur le temple
De nos souvenirs les plus beaux ;
C'est le dernier de ses cadeaux :
Elle nous laisse son exemple.