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1932

VI

Lucie DELARUE-MARDRUS

Héroïque, elle aura sans cesse, Peinant sur un trop dur labeur, Laissant de côté sa jeunesse, Usé son esprit et son cœur.

Jeune fille effrénée et triste Qu'appelait un destin dément, Elle a voulu, sévèrement, Assagir ce cœur fantaisiste.

Elle a donné ce qu'elle avait, Généreuse jusqu'au martyre. Mais qui sait ce qu'elle rêvait, Ce qu'elle souffrait sans le dire ?

Il y avait des pans de nuit Dans son âme mystérieuse. Elle se taisait, soucieuse, Avant tout, d'assister autrui.

Elle avait les lèvres austères Et le regard d'un matelot, Et, dans ses prunelles trop claires, Toutes les énigmes de l'eau.

Intense, secrète, attachante, Si fragile, bourrue un peu, Cheveux si noirs, regard si bleu, Son fantôme tout neuf me hante.

Donnant tout, ne demandant rien, Savant docteur et demoiselle, Partout elle faisait du bien. Tout le monde avait besoin d'elle.

Après cette vie au travail, Cette surhumaine dépense, Enfin voici sa récompense : La terre, suprême bercail.

lasse, elle abandonne la lutte Après trente-cinq ans vécus Dont pas une seule minute Ne passa sans instincts vaincus.

Inscrivons son nom sur le temple De nos souvenirs les plus beaux ; C'est le dernier de ses cadeaux : Elle nous laisse son exemple.

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