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1918

VŒUX

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je ne peux pas finir de songer à la mer… Je voudrais retourner aux pays d'où j'arrive, Derrière un paquebot voir s'effacer la rive, Et, devant, s'élargir l'infini large ouvert.

Je regrette déjà les départs, les escales, Les courses d'Orient qu'on faisait dans les ports. Je regrette le calme plat, l'orage tors, Et ces lames de fond, hypocrites et pâles.

Je voudrais voir par un sabord les nuits, les jours, Errer de cale en pont, monotone et bercée. Je voudrais, je voudrais vivre une traversée Qui ne finirait pas, qui durerait toujours.

Oh ! J'en ai comme assez de tout et de moi-même, Des plaisirs et chagrins mesquins et superflus, De l'existence ici, méchante, basse et blême… ‒ Je voudrais m'en aller pour ne revenir plus.

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