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1918

UNE RÉPONSE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Vous n'aurez pas en vain lancé, défi de grâce, Vis strophes par dessus la mer ! Quelqu'un ramasse Le gant de fer jeté des rives du ponant Pour le tournoi de race à race,

De continent à continent. Pouvions-nous accepter votre hommage et nous taire ? L'orgueil a frissonné par toute notre terre D'avoir été loués devant tous et si haut.

Salut donc à vous, Angleterre, A vous, son génial héraut ! Angleterre, les tiens, fils et filles des vagues, Concentrés et précis parmi les brumes vagues,

Recommencent l'élan des vikings d'autrefois, Afin de mettre, lourdes bagues, Des pays nouveaux à tes doigts. Est-ce parce que, fier comme on l'était à Rome,

Tout citoyen anglais, ne fût-il qu'un pauvre homme, Te porte tout entière au meilleur de son cœur ? Chacun de tes sujets, en somme, Est aussi ton ambassadeur.

Aussi, quand ton sol riche élabore un génie, Il n'est pas un des tiens qui l'ignore ou le nie. Vers lui vont les honneurs et les hommages dus. Au sein de ta grande harmonie,

Les efforts ne sont pas perdus. Va, la France t'admire, ô race adamantine ! Si la lutte pour toi surgit, même intestine, Tu sais la diriger d'une telle façon,

Que notre furia latine En tire une grande leçon. Et puis, ô petite île et gigantesque empire, Grande-Bretagne, étroit et fabuleux navire

Dont la proue a percé l'Orient sombre et clair, A nos yeux l'ombre de Shakspeare Marche devant toi sur la mer. Donc, merci ! Tu nous tends une loyale paume !

Notre mâle patrie et ton vaillant royaume, Couple d'archanges d'or se tenant par la main, Écartent le rouge fantôme, Indigne du progrès humain.

Oui, que la vieille France et la vieille Angleterre Refusent l'assassine, absurde, immense guerre ! Mais les peuples rangés tout alentour sauront Qu'il y aura, s'il faut la faire,

Deux souffles dans un seul clairon !

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