Puissè-je t'honorer avec ferveur, saint Georges,
Très gentil personnage, immortel cavalier
Si droit sur ton cheval au galop délié,
Ton cheval aux naseaux rouges comme des forges.
Apprends-moi le mépris du lourd dragon tortu
Qui darde le bouquet monstrueux de ses langues,
Toi qui l'as su tuer sans fureur ni harangues
Rien que de par ta lance et de par ta vertu.
Apprends-moi, saint éphèbe, à chevaucher, à vivre
Héroïque toujours au milieu des méchants,
Ne sachant rien sinon mes rêves et mes chants
Et tout ce qui me fait solitairement ivre.
Car je veux comme toi, cher jeune homme doré,
Au vitrail lumineux figurer, noble et forte,
Et rire en regardant écumer sur le pré
La bête aux yeux humains vaincue et déjà morte.
Je veux être, sur mon cheval fougueux et beau,
Tranquille, les yeux fiers comme à la promenade,
Et, lorsqu'arrivera la suprême ruade,
Mourir comme je dois, en selle, et le front haut.