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1902

UNE ENFANCE LE LONG DES PRÉS…

Lucie DELARUE-MARDRUS

Une enfance le long des prés, le long des haies Et le long de la mer aussi qui la connut, Et le long d'une ville humble et marine aux baies Saumâtres où s'endort quelque bateau chenu,

Une enfance du Nord, chétive aux gestes tristes, Errant, le front chargé de rêves fantaisistes, Emplit ses yeux, emplit son âme, emplit son cœur De ciel bizarre et d'océan glauque et berceur

Et de cette humble ville et de ces paysages Où les bateaux trainaient des senteurs de voyages fabuleux, et, longtemps inquiète, attendit Au bord des eaux quelqu'un de grave et de hardi

Comme un roi qui viendrait du loin profond vers elle. Et cette enfance est morte ainsi, pâle et fidèle, sans avoir jamais vu le grand vaisseau venir… Mais, puisque maintenant cet avenir se lève,

Voici que le Réel répare et vient tenir La promesse que fit à l'enfance le Rêve.

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