Une enfance le long des prés, le long des haies
Et le long de la mer aussi qui la connut,
Et le long d'une ville humble et marine aux baies
Saumâtres où s'endort quelque bateau chenu,
Une enfance du Nord, chétive aux gestes tristes,
Errant, le front chargé de rêves fantaisistes,
Emplit ses yeux, emplit son âme, emplit son cœur
De ciel bizarre et d'océan glauque et berceur
Et de cette humble ville et de ces paysages
Où les bateaux trainaient des senteurs de voyages
fabuleux, et, longtemps inquiète, attendit
Au bord des eaux quelqu'un de grave et de hardi
Comme un roi qui viendrait du loin profond vers elle.
Et cette enfance est morte ainsi, pâle et fidèle,
sans avoir jamais vu le grand vaisseau venir…
Mais, puisque maintenant cet avenir se lève,
Voici que le Réel répare et vient tenir
La promesse que fit à l'enfance le Rêve.