J'ai rêvé. Je dormais au fond de mon alcôve,
Noir sépulcre de chaque nuit.
Je dormais. O sommeil étrange ! Temps qui fuit
Dans un néant hanté qui nous berce et nous sauve !
Je dormais. J'ai rêvé d'un être qui disait :
« Salut ! C'est moi ! Simple et complexe,
Je suis enfin cette âme incarnée et sans sexe
Que la réalité toujours te refusait.
« C'est moi ! Je te dirai ces deux mots : « Mon poète ! »
Que nul n'a prononcés pour toi.
T u ne seras plus seule et sombre sous ton toit,
Car mon épaule ailée est faite pour ta tête.
« Je t'aimerai pour toi, non pour moi. Je serai
De fervent de toutes tes heures,
Je rirai quand tu ris, pleurerai quand tu pleures,
J'épèlerai sans fin ton grand songe égaré.
« Rien ne sera perdu de toutes tes merveilles,
T u pourras enfin dire : nous.
Pas d'âmes à mes yeux qui te seront pareilles,
Ton enfance éternelle aura mes bons genoux.
« Il y a trop longtemps, connue et méconnue,
Qu'on te confond avec autrui.
Salut ! C'est moi ! C'est moi !… Ma tardive venue
Vient enfin consoler ta détresse, aujourd'hui ! »
— « O toi !… Toi !… » Je pleurais tout bas, émerveillée.
« Est-ce vraiment toi que je vois ?
Donne ta main !… » Soudain je me suis éveillée,
Dans l'ombre de mon lit serrant mes propres doigts.