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1930

UN RÊVE

Lucie DELARUE-MARDRUS

J'ai rêvé. Je dormais au fond de mon alcôve, Noir sépulcre de chaque nuit. Je dormais. O sommeil étrange ! Temps qui fuit Dans un néant hanté qui nous berce et nous sauve !

Je dormais. J'ai rêvé d'un être qui disait : « Salut ! C'est moi ! Simple et complexe, Je suis enfin cette âme incarnée et sans sexe Que la réalité toujours te refusait.

« C'est moi ! Je te dirai ces deux mots : « Mon poète ! » Que nul n'a prononcés pour toi. T u ne seras plus seule et sombre sous ton toit, Car mon épaule ailée est faite pour ta tête.

« Je t'aimerai pour toi, non pour moi. Je serai De fervent de toutes tes heures, Je rirai quand tu ris, pleurerai quand tu pleures, J'épèlerai sans fin ton grand songe égaré.

« Rien ne sera perdu de toutes tes merveilles, T u pourras enfin dire : nous. Pas d'âmes à mes yeux qui te seront pareilles, Ton enfance éternelle aura mes bons genoux.

« Il y a trop longtemps, connue et méconnue, Qu'on te confond avec autrui. Salut ! C'est moi ! C'est moi !… Ma tardive venue Vient enfin consoler ta détresse, aujourd'hui ! »

— « O toi !… Toi !… » Je pleurais tout bas, émerveillée. « Est-ce vraiment toi que je vois ? Donne ta main !… » Soudain je me suis éveillée, Dans l'ombre de mon lit serrant mes propres doigts.

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