Skip to content
1930

TROIS NOCTURNES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Les tilleuls gonflés de vent Tâtent l'air du bout de leurs branches. Derrière eux, le ciel mouvant A la couleur des perles blanches.

J'écoute avec passion, Engloutie au fond du mystère, La grande respiration De ces algues de la terre.

Mon cœur ne reste pas seul. Parmi l'orageuse soirée, Je salue, en chaque tilleul, Le Grand Inconnu qui crée.

Sur un dernier pan de clarté, Les tilleuls gorgés de ténèbres Dressent de longs vitraux funèbres Découpés dans le ciel d'été.

L'allée évoque en sa beauté Bien des cathédrales célèbres. Jusques au fond de mes vertèbres Je respire ce soir hanté.

Vaste solitude de l'âme ! Je ne suis plus homme ni femme Dans l'ombre qui jette des sorts, Mais, sous la nocturne émeraude,

Grave comme celui des morts, Un invisible esprit qui rôde. Dans la nuit pleine de silence, Voici de grands coups sur le toit.

C'est la pluie et sa violence, Quelque brusque grain de noroit. Sous la lampe, travail, mystère ; Dehors, néant muet et noir.

Maintenant j'écoute pleuvoir, Bruit du ciel tombant sur la terre. Parmi ces chocs intermittents, Dans ma maison toute petit,

Je crois, sous mon toit qui crépite, Que je navigue par gros temps.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.