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1908

TRIOMPHE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le cimetière où dort un peu de Normandie Repose, étroit et vert, dans la fin de l’été. Il nous plaît, visitant chaque pierre tiédie, Lire les noms des morts sans immortalité.

Le secret des défunts et de leur chair changeante. Tout ce matériel et variable après Est sous l’herbe, les fleurs, les croix et les regrets. La terre est fourbe et cache bien ce qui la hante.

Sur un tertre envahi, le nom s’est effacé. Nulle couronne, au vent qui passe, ne cliquette. Celui qui gît ici n’est plus rien qu’un squelette. Cadavre du cadavre et passé du passé…

— O fatale ! O banale ! O toi l’insatiable A qui l’amour fournit tant d’êtres, tant de morts, Que ton abîme ouvert ne me soit redevable Que de mon seul fragile, étroit et tendre corps !

Je n’apporterai point l’offrande maternelle, La chair humaine qui naîtrait de ma beauté A l’éternelle mort de la Vie éternelle. Je triomphe de toi par ma stérilité.

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