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1905

TOUT LE PRINTEMPS…

Lucie DELARUE-MARDRUS

Tout le printemps pèse sur moi Avec le souvenir de l'enfance perdue Qui secouait les fleurs des arbres sur sa joie Et jetait aux jardins son rire suraigu.

Branches de mars que j'ai tenues, Écloses, sur mon cœur puéril d'autrefois, Se peut-il qu'aujourd'hui, sans frémir, je vous voie Bercer dans le ciel bleu vos bouquets revenus ?

Comment courber vos belles hampes Jusqu'à ma bouche où dort le complexe baiser, Appuyer la chaleur fiévreuse de mes tempes Sur vos pétales purs, lourds d'un peu de rosée ?…

— Plus rien en moi n'est innocent Et j'ai honte des fleurs que la saison me donne, Et je voudrais la sœur de mon âme, l'automne Mortifiée, amère, âpre, couleur de sang…

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