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1918

TOURMENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Tout le jour, seule avec mon âme qui bouillonne, J'ai rôdé comme une lionne. Mes songes, je ne peux en bien suivre le fil. Qu'y a-t-il en moi ? Qu'y a-t-il ?

Mes yeux de femme où vit une grande âme noire, Que racontent-ils ? Quelle histoire ? Mes frères et mes sœurs, où sont-ils, ici-bas ? Je ne sais pas… Je ne sais pas…

Mais je sais qu'il y a contre moi de la haine Incessante, assassine et vaine. O ma vie écartée et sauvage à cheval, A qui donc ai-je fait du mal ?

Une électricité jette des étincelles Partout où je traîne mes ailes. Et je sais que l'on m'aime ou bien que l'on me hait A voix haute comme en secret.

Il faut m'y résigner, puisque souvent, moi-même, Je sens que je me hais et m'aime. Certes, trop, beaucoup trop de choses à la fois Habitent mon être aux abois.

Ah ! Pourquoi, certains jours, si follement étrange ? Quel démon suis-je… ou quel archange ?

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