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1902

TON RIRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Égayons-nous ; je veux ton rire faible et rauque Où j'écoute l'écho de ton secret passer, Ton rire aussi rouillé que ton regard est glauque Et qui sanglote ainsi qu'un violon blessé.

Je l'aime. Il est ton être atteint sans qu'on le voie, Tout ce qui vit en toi de profond et d'amer ; Je l'aime. Il est chargé d'insulte pour la joie Et de mépris pour ceux qui n'ont pas tout souffert.

— Viens près de moi, ma folle, et ris contre ma bouche ! Et je boirai ton rire étrange et fraternel Ainsi qu'une gorgée au goût trouble et charnel Prise au vin dangereux de ton âme farouche…

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