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1930

TOMBEAU

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mon avenue au soir, je l'aurai tant aimée, Avec ses hauts tilleuls rejoints, Alors qu'elle devient funèbre et transformée, Montrant son crépuscule aux coins,

Je l'aurai tant aimée en mai, lorsque ses branches Ne sont que fraîche tendreté, En Août, quand les grillons crient sous les huttes blanches Le cri forcené de l'été,

Tant aimée, en automne où la grande nuit tombe Au milieu de l'après-midi, Que parfois un long rêve, un cher espoir me dit Qu'un jour s'y étendra ma tombe.

Ce serait une pierre, une croix et c'est tout, Gardant mon nom sous les ombrages. Sur la pierre couchée et sur la croix debout Se dessineraient des ramages.

Ce serait tout au bout, à la place où l'on voit Ma frêle maison émouvante Je serais seule là de même que vivante, Et je serais toujours chez moi.

Pour ceux qui la verraient, ce ne serait pas triste. Ils songeraient : « elle est si bien ! » La mousse pousserait, et l'on entendrait rien Qu'un petit oiseau qui persiste.

Je dormirais cachée, avec mes horizons Entourant ma paix éternelle, Ma ville dans le creux, et les quatre saisons Sur mon repos battant de l'aile.

Au printemps, en été, quand fleurit le tilleul, En automne, lente élégie, Le soir ramènerait son obscure magie Autour de ce tombeau tout seul.

On finirait par dire : « Elle est morte ; elle hante ! Parfois elle revient la nuit ! » Et je ne serais pas tellement différente De ce que je suis aujourd'hui.

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