Je t'ai fait un tombeau de ces bois roux que j'aime
Et que tu chérissais, père, de ton vivant.
Quand j'y vais chevaucher, ta voix douce elle-même
Me caresse à travers le vent.
Je regarde, partout où je passe et repasse,
Si je n'aperçois point la trace de tes pas,
Car l'automne venu a ramené la chasse,
Et tu dois m'attendre là-bas.
Je vais te rencontrer dans la splendeur nocturne,
Au détour du sorbier ou du rhododendron,
Ton fusil sur l'épaule, et seul, et taciturne,
Et penchant toujours ton beau front.
Voici le velours brun de ta veste, tes guêtres,
Tes chiens autour de toi… Oui, je sais, tu rêvais,
Et tu ne pensais plus, sous la douceur des hêtres,
Au gibier que tu poursuivais.
Le pourpre couchant meurt parmi l'automne rose.
Me voici devant toi. ‒ Bonsoir !… dis-je d'abord.
Ensuite : ‒ As-tu tué par ici quelque chose ?…
‒ Non, dis-tu. C'est moi qui suis mort.