Qui me donnerait l'abrutissement ?
Je rêve des coussins de mollesse où s'étale,
fardée aux quatre coins, la chair orientale ;
Je suis de l'œil, les poings aux hanches, gorge lâche,
Gros rire, une gothon qui va traire sa vache ;
Voici le pot qui bout, le timbre qui dégoise,
Une province, une cuisine, une bourgeoise ;
Voici, dans la tiédeur d'une intimité fine,
La dolente qu'endort sa morbide morphine ;
Voici les fronts blafards forgés aux mêmes moules,`
Lourds de discours pâteux aux dents des femmes saoules ;
Voici le geste en croix, la faim qui débilite,
Le silence, l'orante en deuil, la carmélite ;
Voici l'amante aussi, déchirée et têtue,
Qui s'agrippe à l'amour disparu qui la tue…
Ah qui me donnerait l'abrutissement,
Qui me donnera l'abrutissement ?