Des lamentations pieuses et célèbres Remplissaient cette église où pendait maint pli noir D'un archaïque désespoir, Et l'impie était là, chantant aussi Ténèbres.
Fou de vivre, mon cœur a des cris plus vaillants ; mais si je sanglotais, la tête dans ma paume, C'est à cause de vous, croyants Qui n'avez pas compris ce qu'est votre royaume.
Je pleurais parce que, faibles, mesquins, mal nés, Vous vivez bassement, sans regard vers l'issue. Chrétiens, humanité déçue, Pouvez-vous n'avoir pas des yeux illuminés ?
Vous osez donc encor sentir votre souffrance, Alors que Dieu s'est mis en croix pour la guérir ? Vos pleurs n'auraient-ils pu tarir Alors qu'on vous donnait la plus ivre espérance ?
Vous êtes plus méchants et plus tristes que nous Qui ne caressons pas vos sublimes chimères, Et vos faces restent amères, Vous qui pouvez prier et croire à deux genoux !
Après la passion en vous a promis Pâques. Pourtant la joie en vous ne ressuscite pas. Chrétiens, comme vos fronts sont bas ! Futurs corps glorieux, que vos cœurs sont opaques !
Avec de tels ferments déposés dans ce cœur, Pourquoi n'êtes-vous pas dès ici-bas l'élite ? Ah ! De quel flamboyant bonheur Vivrait, si j'étais vous, mon âme carmélite !
Nous qui n'aimons, prions, voulons que la beauté, Quelque soit le sommet où sa tour est bâtie, Nous goûtons la divinité Plus que vous qui baisez bouche à bouche l'hostie.
Vous n'avez, on dirait, ni d'espoirs ni d'effrois. Or votre Éternel dit à ceux de votre souche : « Vous qui n'êtes ni chauds ni froids, Voici que je voudrais vous vomir de ma bouche ! »
Vous allez vers le ciel comme vers le néant ! Pourquoi ne voit-on pas, si vous êtes l'Église, Joyeux, chantant, prêchant, béant, Vivre en chacun de vous un saint François d'Assise ?
Jésus a soif ! Et vous, vous lui donnez cela ! Le vinaigre et le fiel sont toujours sur ses lèvres. Vos soifs à vous sont donc si mièvres Que vous vous détournez en buvant l'Au-delà ?
Jésus a dit : « Il faut pour ceux-là que je meure ! » Et vos jours sont restés plus sombres que des nuits. Ployés sous vos aigres ennuis, Vous n'êtes pas la race ivre et supérieure.
Après l'enseignement, après la Passion, Vous n'êtes pas heureux… Ah ! Ténèbres ! Ténèbres !… Le feu qui court dans mes vertèbres S'éteint, chrétiens, parmi votre consomption.
C'est ainsi ! L'incroyante est pleine de scandale, O vous, fades pleureurs à qui tout fut donné, Et demande au ciel de tonner Pour vous détruire à tout jamais, engeance pâle !
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