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1929

Suzy Bouge-Toujours

Lucie DELARUE-MARDRUS

Gentille comme les amours, Voici Suzy Bouge-Toujours. Regardez-la ‒ quoi qu'elle fasse, Jamais elle ne reste en place.

Dans son dodo, pour s'éveiller, Elle danse avec l'oreiller. Voici sa tasse de thé prête. Elle déjeune sur la tête.

Quand on la lave, ah ! quel tableau ! Quels vrais sauts de carpe dans l'eau ! C'est encor pis quand on la peigne. On pourrait croire qu'on la saigne.

Sitôt prête elle fait un bond Si haut qu'elle atteint le plafond. Elle retombe sur la table, Vous adresse un salut aimable,

Puis, plus légère que le vent, Elle enjambe le grand divan. Et, sur le guéridon, allègre, Exécute une gigue nègre.

« En bas !… En haut !… En bas En haut ! La voici dans le piano. Ah, Dieu ! Quels drôles de quadrilles ! On. dirait cent petites filles.

Il n'y en a qu'une, pourtant. Une seule ?… C'est épatant Au moment de se mettre à table, Suzy devient épouvantable.

Elle jongle. : « Hop ! hop !… tralala !… Hop ! la bouteille ! Et hop ! le plat !… » A l'heure de la promenade, Ses vêtements sont en salade.

‒ Suzy, nous irons en auto, Il faut passer ton paletot. La petite anguille gigote. On va la mettre en matelote.

Au Luxembourg, au Parc Monceau, Suzy saute dans son cerceau. « Hop !‒ » C'est comme dans les féeries, On la retrouve aux Tuileries.

Elle a perdu ses gants, son col, Et fait plus de bruit que Guignol. ‒ Vite, à la leçon d'écriture, Petit poisson dans la friture !

Au cours, sa page de bâtons Danse tout comme ses petons. Les enfants chez qui Suzy joue Ont peur tant elle les secoue.

Pourtant les rondes vont leur train, Rien ne fatigue son entrain. O petits pieds, petite bouche, Il est une heure où l'on se couche !

Voici Suzy près du dodo. Elle tire sur le rideau. Pour prier, elle s'agenouille, Vous jureriez d'une grenouille.

«‒ Pater Noster !… Pater Noster !… Je bougerai même en enfer ! » Vous croyez qu'elle est allongée ? Que non ! la petite enragée !

Elle est en boule au fond du lit, On entend son rire impoli. ‒ Suzy, je m'en vais tout éteindre ! Mais elle pouffe sans rien craindre,

Espérons qu'elle va pourtant S'endormir tout en culbutant, O miracle ! La voici sage ! Il dort, le cher petit visage.

Quelqu'un sur la pointe des pieds, S'est approché des oreillers, Regarde la petite fille, Et murmure : «Qu'elle est gentille !»

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