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1901

SUPPLIQUE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Quand le couchant se meurt dans tes eaux vespérales, Mer, en passant le long de tes vagues, j'entends Rôder en toi le chœur des âmes ancestrales Qui, de même que moi, te hantèrent longtemps,

Les poétesses et immortelles maîtresses A qui pesèrent trop leur cœurs gros de tendresses, Âmes païennes, âme étrange de Sapho Hurlant d'amour et de génie avec ton flot…

Mer ! mer ! je sens aussi que mon âme en démence Grandit en moi pareille à ta marée immense ; J'ai mal de me sentir semblable à toi ! Mer ! Mer ! Prends-moi donc ! Roule-moi dans ta force, âme et chair,

Pour que je puisse aussi par tes sombres vesprées Crier comme Sapho dans la voix des marées !

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