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1910

STROPHES VERS L'AMOUR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Roi doux-amer des pleurs et des enchantements, Tu sais, Amour, qu'il n'est qu'une étreinte qui plaise Aux cœurs de flamme, aux bras déments, Car n'est-ce pas ta bouche éternelle qu'on baise

Sur la bouche âpre des amants ? Ton esprit est partout où nous vivons. Tu mènes Tes victimes d'un jour vers le bien et le mal. Ce sont tes douceurs et tes haines,

‒ Malgré l'instinct stupide et son geste animal, Qui sacrent nos noces humaines. L'âme par toi s'élance à la cime des monts. A nous les paradis perdus que tu suscites !

Le cri qui gonfle nos poumons, C'est le cri du désir par delà les limites Du spasme où nous nous abîmons. Rachat du vivre et du mourir, ô raison d'être,

Réponse à toute énigme et sens de tout secret, Amour ! La musique est peut-être, Invisible et sans mots, ton seul langage vrai, Elle qui nous prend comme un maître

Chante en nous, Harmonie ! Intangible océan, Fais déferler sur nous ta vague furieuse ! Nous répéterons le péan Archaïque : Envahis notre être qui se creuse,

Divinise notre néant, Amour, ô rythme, loi, perfection fugace, Qui poses sur nos traits le masque de la mort, Amour dont s'engendre la race,

Amour, toi qui nous fais, quand ton éclair nous tord, Sentir l'éternité qui passe !

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