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1918

STATUE

Lucie DELARUE-MARDRUS

A la meute qui me harcèle, Aux aboyeurs par milliers Je réponds : « Je ne suis pas celle Que vous croyez, que vous croyez ! »

Non. je ne suis pas de ta race, Vile humanité qui m'en veux De chanter le mieux que je peux. Va ! Glapis ! Je ne suis pas lasse.

Je te donnerai mon trésor, Ne pouvant le donner à d'autres. Malgré la haine où tu te vautres, Je serai grande après ma mort.

Parfois une pauvre réponse Monte à moi de la profondeur De l'abîme où mon pas s'enfonce, Et cela suffit à mon cœur.

Car je n'ai pas soif de justice. Je chante parce qu'il le faut. Je chanterai toujours plus haut, Loin du mesquin et du factice.

A d'autres l'encens et le nard ! Vous m'aurez bien mal accueillie ; Mais la gerbe que j'ai cueillie, Vous la respirerez plus tard.

Lorsque enfin je me serai tue, Plus de meute et plus de holà ! Qu'alors s'élève ma statue Pour vous dire : « Elle n'est plus là… »

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