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1932

SOUVENIRS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je fus une sauvage fille Dans les ombres d'un vieux manoir Qu'on pouvait voir Au-dessus de la mer qui brille.

J'avais père et mère, et des sœurs, Et pourtant j'étais solitaire, Sachant me taire Sur mes rêves et mes douleurs.

J'aimais la nuit comme je l'aime, Comme je l'aimerai toujours, Et, tous les jours, L'attendais pour être moi-même.

Dans la demeure ils dorment tous, Et moi, je commence ma veille, Mes songes fous, Toute seule avec ma merveille.

Dix-sept ans... De force ou de gré Elle sent, la frêle femelle, Un souffle en elle, Vaste souffle d'homme inspiré.

Elle ne sait pas qu'elle est née Pour être étrangère ici-bas. Sa destinée : Rêver toujours,ne vivre pas.

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