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1901

SOLEILS DU SOIR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Quand les soirs furieux stagnent leurs mornes flammes A même l'horizon des villes et des champs, Alors sont arrondis sur les soleils couchants Les yeux humains remplis du mystère des âmes.

Ils pleurent le regard triste des exilés Songeant les nords et les midis de leur enfance Et des soleils pareils versant leur abondance De pourpre à des lointains autrement profilés ;

Ils pleurent le regard des amours terminées, Le regret des amants autrefois abattus Longtemps contre l'épaule offerte à l'heure où, tus, Leurs couples venaient voir se mourir les journées ;

Ils jettent le coup d'œil d'incompréhension Des passantes banalités indifférentes Et le coup d'œil aussi des misères errantes Qui n'ont plus de regard pour l'admiration.

Ils clignent le plaisir paisiblement artiste Qui s'attarde aux chaos changeant de la couleur Et la mélancolie émue en sa pâleur De ceux que la beauté divinement attriste.

Ils luisent de l'espoir des grandes tragédies, Les yeux, les deux yeux fous qu'ouvrent les révoltés vers l'allusion rouge aux cieux ensanglantés De leur rêve flambant déjà ses incendies ;

Et les deux yeux aussi de la dévotion Lèvent sur les couchants leur douceur extatique Et déjà voient brûler l'heure apocalyptique Où s'éploiera l'essor de notre assomption.

Du fond des champs, du fond des palais et des bouges, Comme ceux des hiers, comme ceux des demains, Ah ! ce qu'ils voient ! tout ce qu'ils voient, ces yeux humains dardés sur la splendeur des larges soleils rouges !

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