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1908

SIRÈNE

Lucie DELARUE-MARDRUS

L’habitante des mers tièdes et sans marée Qui cligne doucement des cils orientaux Saura-t-elle abolir la voix désespérée De celle assise au cœur de mes natives eaux ?

Ne le dis pas ! je sais que ta face est très pâle Et si tristes tes yeux qu’ils ont pleuré la mer, Certes point le bain bleu que nourrit ce ciel clair Mais la mer rétractile et septentrionale,

La grise mer, ma glauque, où les couchants sont longs Et violents parmi la détresse des brumes. Et, jusque sur le bord, empourprent les écumes. Comme d’avoir noyé tes cheveux roux et blonds.

Au plus chaud du soleil africain qui m’abuse, Je sens jusqu’à mon cœur se glisser ton corps froid, Translucide, et plus pâle et beau qu’une méduse. Et tout le souvenir se colle contre moi.

Et c’est lorsqu’un grand cri perce les étendues Et m’atteint, — moi qui sais tout le secret des mers. Venu, non du port blanc d’où partent les steamers. Mais du plus désolé de mes plages perdues…

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