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1908

SILLAGE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Tu es beau, tu es doux, commencement du soir, Quand je vais sur la grêve africaine m'asseoir, Dans le creux d'un rocher pour longtemps installée Comme attendant toujours qu'une dame salée,

Ma furtive, glissante et singulière sœur Monte pour moi du fond des eaux avec douceur, Lorsqu'il n'apparaît rien qu'une dolente lune Qui, pleurant sur la mer sa lueur opportune,

Éteint dans la froideur d'un long ruisseau d'argent Les dernières rougeurs du soleil outrageant, Et dit à mon espoir que, sur les vagues, traîne Le sillage luisant et bleu de ma sirène…

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