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1902

SÉRÉNITÉ

Lucie DELARUE-MARDRUS

Que les passés, gonflés d'un sanglot insolite, Meurent en nous, mon âme, avec le souvenir D'avoir fait déborder nos larmes d'Héraclite Sur l'angoisse de vivre et l'horreur de mourir.

Nous revenons, parmi les êtres et les choses, Les pieds au même sol, la tête aux mêmes cieux, Regarder l'existence avec nos deux grands yeux, Mais le bonheur aux doigts comme un bouquet de roses.

Et les prés où rôdaient nos pas tristes, la mer Où ruisselaient nos cils sur les vagues salées, Les bois tors figurant nos mains inconsolées, La Ville édifiant notre rêve en sa chair,

Toute voie où passa notre âpre solitude Nous rouvre ses tournants d'où l'on voit l'horizon : Cathédrales et tours partent pour l'altitude, Voici la mer, les bois, les fleurs, la fenaison…

Mon âme, remettons nos pieds aux mêmes traces, Et nos pas d'aujourd'hui remplaceront ceux d'hier. Que dans notre poitrine éclate un hymne fier : Chantons ! Voici la route où nous fûmes si lasses !

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