Après mes jours, qui furent beaux
De tant de tourments et de troubles,
Il me faut, pour finir, trois ou quatre, tombeaux
Où se reposeront mes doubles.
Il est un petit coin caché
Que ne découvrirait personne,
Où ma grand'mère étrange a, pour jamais, couché
Son âme de vieille lionne.
Voici le haut tombeau puissant
Où ma mère dort en famille,
Dans ce Paris grouillant dont elle fut la fille,
Et qu'elle eut toujours dans le sang.
Je sais des sables en Égypte
Où je me reposerais bien.
Car l'un de mes esprits veut, pour n'être plus rien,
Le grand sarcophage et la crypte.
Je demande aussi mes tilleuls,
Leur ombre épaisse sur ma pierre.
Là, loin des humains morts, j'aurais pour cimetière
L'avenue où mes pas vont seuls.
Et puis voilà toutes mes âmes
Réclamant l'océan profond.
O mer ! Par une nuit, trois cents mètres de fond,
Mon cercueil coulant sous les lames !
Qui me choisira mon repos ?
Qui prendra soin de ma dépouille ?
Mon corps et mes esprits, quelle future fouille
Les trouvera, sombres dépôts !
Mais, avant cette pioche ultime,
Où que vous placiez mon sommeil,
J'en sortirai la nuit ou par le grand soleil,
Pour hanter l'univers sublime.
Qu'alors ma voix dise à jamais,
Grand souffle dans le vent qui passe :
«• Me voici maintenant dans la mort que j'aimais,
Je suis donc enfin à ma place ! »