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1910

SANGLOT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Au premier chant du merle dans le lierre, Je me suis éveillée en sanglots haletants. Quelle douleur sauvage, inconsolable, entière D'avoir reconnu la voix du printemps !

O gosier du merle, ô réminiscence, Comme tu fais sombrer ma tête clans mes doigts Tu chantes le chant de l'adolescence, Non le printemps présent, mais celui d'autrefois.

Je reconnais bien mon ancienne âme Fraîche, double, pareille à Daphnis et Chloé… Tant de choses ont en elle afflué Vraiment, pour que je sois aujourd'hui cette femme

À ce chant soudain du merle, il me vient Une mélancolie absurde et déchirante. Comment m'expliquer ce qui parfois hante Mes rêves, nonobstant tout le bon, tout le bien ?…

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SANGLOT · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove