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1901

SALUT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Hélène, je n'ai pas comme vous dans ma vie La Muse en noir des amours morts ; Jamais nulle hantise encor ne m'a suivie, Ni le regret, ni le remords ;

Mon cœur est vierge en moi comme ma chair est vierge, Il ne porte aucun secret deuil, L'amour en passant frappe à cette tour d'orgueil Qui ne se livre ni n'héberge ;

Si je hurle d'angoisse et clame de désir, C'est que l'existence est méchante, C'est, devant l'infini que l'on ne peut saisir, Que je suis toujours impuissante.

Et mes rythmes n'étant pour aucun bien-aimé S'en vont vers la beauté des choses, Vers la mer, vers les bois, vers les grands couchants roses En qui seuls vit mon cœur fermé ;

Et ma Muse nourrie à la même mamelle Ignorante du tendre émoi Marche violemment le même pas que moi Comme une farouche jumelle.

Mais la virilité de ce souffle me fait Aimer justement la tendresse Le charme féminin, la douceur, la caresse Que contient votre œuvre à souhait,

Et comme au temps jadis s'inclinait jusqu'à terre Pour la dame le chevalier, Incliner devant vous ma tête volontaire Que l'amour ne sut point plier.

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