Hélène, je n'ai pas comme vous dans ma vie
La Muse en noir des amours morts ;
Jamais nulle hantise encor ne m'a suivie,
Ni le regret, ni le remords ;
Mon cœur est vierge en moi comme ma chair est vierge,
Il ne porte aucun secret deuil,
L'amour en passant frappe à cette tour d'orgueil
Qui ne se livre ni n'héberge ;
Si je hurle d'angoisse et clame de désir,
C'est que l'existence est méchante,
C'est, devant l'infini que l'on ne peut saisir,
Que je suis toujours impuissante.
Et mes rythmes n'étant pour aucun bien-aimé
S'en vont vers la beauté des choses,
Vers la mer, vers les bois, vers les grands couchants roses
En qui seuls vit mon cœur fermé ;
Et ma Muse nourrie à la même mamelle
Ignorante du tendre émoi
Marche violemment le même pas que moi
Comme une farouche jumelle.
Mais la virilité de ce souffle me fait
Aimer justement la tendresse
Le charme féminin, la douceur, la caresse
Que contient votre œuvre à souhait,
Et comme au temps jadis s'inclinait jusqu'à terre
Pour la dame le chevalier,
Incliner devant vous ma tête volontaire
Que l'amour ne sut point plier.