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1918

SAINTES ALLIÉES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Notre Dame de nuit, sombre sur un ciel sombre Dans ce Paris en demi-deuil, Longtemps je suis restée, infime, dans ton ombre, A t'écouter parler de prière et d'orgueil.

Montagne de beauté, peut-être menacée Malgré l'âge et le droit divin, J'entendais comme un glas sonner dans ma pensée Ces noms couverts de sang : Reims, Malines, Louvain.

N'est-ce qu'illusion des nuages obliques ? Tes flancs ne remuaient-ils pas ? ? N'allais-je pas te voir allonger pas à pas Tes pattes d'animal aux os préhistoriques ?

Que si, dans quelque lieu de lutte, un rendez-vous Attire au loin nos cathédrales, On entendra, parmi les rires et les râles, Leur furieux élan de monstres en courroux.

Je te vois dans la nuit, fantastique bataille, Où, dans le flot des alliés, Les tours marchent de front, et, de toute leur taille, Écrasent l'ennemi par larges milliers.

Une immense terreur accueille les géantes. Le cri des cloches dit leurs noms. Au rauque grondement des orgues, les canons Ont cessé la clameur de leurs gueules béantes.

‒ Silence, terre et ciel ! Silence, combattants ! C'est l'écrasement d'une engeance. Voici venir au loin les grands léviathans Et leurs profils à jour qui demandent vengeance.

Les flèches des clochers ont déchiré le ciel ; On entend s'effondrer les plaines. Cathédrales, c'est vous, ô métropolitaines, Revanche de la pierre et du surnaturel !

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