Voici : Pour la première fois
Je ne t'ai pas dit : « Bonne Année ! »
Cette couronne lourde aux doigts,
Sans parler je te l'ai donnée
Seule et noire dans l'hiver blanc,
Sur ta tombe où l'arbre s'incline,
Je venais, pour le nouvel an,
Pleurer mes larmes d'orpheline
La mort habitait les tombeaux,
L'hiver mettait dessus sa neige.
Et moi, retenant mes sanglots,
« C'est le froid partout, me disais-je. »
Cet an qui meurt, c'était encor
Un morceau de ton existence.
C'était la date de ta mort…
Demain, demain, quelle distance !
Demain commence l'an nouveau - .
Pour lequel tu n'es qu'une morte.
Vœux ? Souhaits ?… Plus rien-ne t'importe
Quêta place dans ton caveau
Comme tout mon être se cabre !
Là, sous cette pierre, maman,
En somme peu profondément,
Tu n'es plus qu'un objet macabre
Tu ne me verras jamais.plus.
Pour toi ma vie est terminée.
Tant de jours, ce soir révolus,
C'est, pour toi, ma dernière année
L'an neuf qui te reste étranger
Sera donc le début d'une ère.
Je vivrai maintenant sans mère,
Tu ne me verras plus changer
Adieu, maman ! Sans nulle envie
Je vais vers la maturité.
Ce soir, la moitié de ma vie
S'engouffre dans l'éternité
Adieu maman, tombe carrée !
Hélas ! Quand minuit sonnera,
Froide, noire, commencera
Ta première année enterrée…