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1920

SAINT SYLVESTRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Voici : Pour la première fois Je ne t'ai pas dit : « Bonne Année ! » Cette couronne lourde aux doigts, Sans parler je te l'ai donnée

Seule et noire dans l'hiver blanc, Sur ta tombe où l'arbre s'incline, Je venais, pour le nouvel an, Pleurer mes larmes d'orpheline

La mort habitait les tombeaux, L'hiver mettait dessus sa neige. Et moi, retenant mes sanglots, « C'est le froid partout, me disais-je. »

Cet an qui meurt, c'était encor Un morceau de ton existence. C'était la date de ta mort… Demain, demain, quelle distance !

Demain commence l'an nouveau - . Pour lequel tu n'es qu'une morte. Vœux ? Souhaits ?… Plus rien-ne t'importe Quêta place dans ton caveau

Comme tout mon être se cabre ! Là, sous cette pierre, maman, En somme peu profondément, Tu n'es plus qu'un objet macabre

Tu ne me verras jamais.plus. Pour toi ma vie est terminée. Tant de jours, ce soir révolus, C'est, pour toi, ma dernière année

L'an neuf qui te reste étranger Sera donc le début d'une ère. Je vivrai maintenant sans mère, Tu ne me verras plus changer

Adieu, maman ! Sans nulle envie Je vais vers la maturité. Ce soir, la moitié de ma vie S'engouffre dans l'éternité

Adieu maman, tombe carrée ! Hélas ! Quand minuit sonnera, Froide, noire, commencera Ta première année enterrée…

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