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1908

RUÉE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mieux que la passion, que le galop m’emporte ! Puisse plus vif encor bondir mon cœur griffé ! Je veux partir au vent, impérieuse et forte, Sur mon beau cheval décoiffé.

Gomme je le comprends, je veux qu’il me comprenne Il peut violemment voler vers mon désir. Et, du fond du danger où sa force m’entraîne. Me faire rire de plaisir.

C’est par lui seulement qu’à moi-même j’échappe, Quand je fonce d’un bond sur les soirs les plus beaux Quand ses crins déployés claquent avec ma cape. Que ma rage est dans ses sabots.

Nous ferons déferler la vague furieuse De ton triple galop d’écume, mon cheval ! Pâle, j’assourdirai d’arabe guttural Tes oreilles ambitieuses.

Ruons-nous ventre à terre au travers de l’été Sans savoir vers quel but invisible je lance Mon orgueil, ma beauté, mon rêve, ma puissance Et ma responsabilité !

Et quand viendra la nuit, dernière Centauresse, Redressée et vertigineuse, ouvrant les bras. Je saluerai d’un cri de joie et de détresse Les étoiles qu’on n’atteint pas.

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